Quelque part au milieu…

Si tu passes assez de temps à faire quelque chose comme ça, les gens vont essayer de t’expliquer.

D’un côté, on va me traiter de communiste.

De l’autre, de « sauveur blanc ».

Pas “peut-être”. Ça va arriver.

Et pendant longtemps, ça a marché sur moi.

Je l’ai laissé faire.

Je restais là, à trop réfléchir à toutes les interprétations possibles—

à essayer d’anticiper les critiques avant qu’elles arrivent,

à vouloir m’assurer de ne pas être mal compris.

Et tout ça a mené à l’inaction.

Juste assis là, frustré. À ruminer.

À attendre que le monde se réveille et s’entende sur la “bonne” façon d’aider.

Ça ne fonctionne pas comme ça.

Le monde n’atteint pas la clarté avant d’agir.

Les gens agissent—et la clarté, si elle vient, vient après.

Donc j’ai arrêté d’attendre.

Parce qu’il y a une étrange ironie dans tout ça.

On a pris des mots qui étaient autrefois descriptifs—et on les a transformés en armes.

« Communiste » est utilisé comme une insulte, alors qu’à la base, ça vient de communauté. L’idée que les gens devraient prendre soin les uns des autres. Que les ressources ne devraient pas être accumulées au détriment des autres.

« Sauveur blanc » est utilisé comme un avertissement—et parfois un nécessaire pour remettre notre ego en question—mais aussi comme une façon de bloquer toute action. Comme si le risque de faire quelque chose imparfaitement était pire que de ne rien faire du tout.

À un moment donné, on a arrêté de se demander : « Est-ce que ça aide? »

Et on a commencé à se demander : « Comment ça va être perçu? »

Et ce changement est paralysant.

Parce que maintenant, au lieu d’agir, les gens restent en retrait—à trop analyser, se corriger, douter—à essayer d’éviter les critiques plutôt que d’être utiles.

Et pendant ce temps-là, rien ne change.

Je comprends les critiques. Vraiment.

Et je vais être honnête sur autre chose aussi—je viens d’une position privilégiée.

J’ai pu faire beaucoup de choses grâce à ça. Je vis sur une propriété où les gens paient pour séjourner. J’ai grandi, à bien des égards, comme le « prince » d’un tout petit royaume.

C’est un privilège—même si ça s’est accompagné de difficultés financières, de dettes d’études et de moments où je me suis senti coincé ou impuissant.

Les deux peuvent être vrais.

Et j’ai vu comment cette dynamique se manifeste aussi de façons plus silencieuses.

Dans le silence.

Des gens qui normalement participeraient—diraient quelque chose, réagiraient, entreraient dans la conversation—soudainement ne le font plus.

Aucun commentaire. Aucun signe. Juste l’absence.

Et je comprends.

Parce que même participer commence à ressembler à une prise de position. À quelque chose qui pourrait être interprété, mal compris ou jugé.

Alors c’est plus simple de rester silencieux.

De rester dans sa voie.

De garder une distance confortable de tout ce qui pourrait compliquer la façon dont on est perçu.

J’ai vu ce même réflexe ailleurs dans ma vie aussi.

En gérant un resort, on s’habitue à voir des gens arriver pour décrocher—pour fuir le poids des choses, pas pour s’y engager. Et pendant longtemps, ça voulait dire écouter. Acquiescer. Laisser les conversations se dérouler sans trop intervenir.

Mais il y a une limite à ça—et je l’ai atteinte.

Parce qu’à un moment donné, rester silencieux commence à ressembler à participer à ce que tu essaies justement de dépasser.

Je comprends l’histoire derrière le mot « sauveur ». Je sais le tort causé par des gens qui pensaient savoir mieux.

Je comprends aussi la méfiance envers tout ce qui ressemble à de la redistribution.

Mais comprendre la gravité d’une erreur ne veut pas dire rester paralysé par la peur d’en faire une.

À un moment donné, soit tu agis—soit tu te réfugies dans l’analyse et tu appelles ça des principes.

J’en ai déjà fait assez.

Pour moi, ça se résume à quelque chose de simple :

J’ai des relations à Cuba. Des vraies. Depuis des décennies.

J’ai vécu avec ces gens. J’ai dansé avec eux. J’ai pleuré avec eux. Et je suis encore en contact avec eux.

Et en ce moment, c’est difficile.

C’est tout.

Je ne suis pas ici pour entrer parfaitement dans ton idéologie.

Je ne suis pas ici pour performer la “bonne” façon d’aider.

Et je ne suis pas ici pour attendre que la politique devienne confortable avant d’agir.

Si ton réflexe est de me mettre une étiquette, libre à toi.

Mais pendant que cette conversation a lieu,

des gens que je connais continuent de vivre leur réalité—

et moi, je choisis d’être présent pour eux.

Si ça me place quelque part au milieu, alors tant mieux.

Parce que c’est là que le travail se fait.

Et c’est là que je vais te rencontrer.

Une dernière chose.

Les images que j’ai utilisées avec ce texte—les deux—sont de moi.

L’une a été prise par un photographe professionnel. L’autre par un bon ami. Elles existent à des années d’intervalle, et aucune n’a été prise pour ce projet—je les avais même déjà partagées publiquement.

Mais en écrivant ce texte, j’ai réalisé quelque chose :

Il n’existe pas d’image que je pourrais prendre aujourd’hui—ni même générer—qui capterait ces idées avec plus d’honnêteté que ces photos.

Alors au lieu d’essayer de créer quelque chose de plus sécuritaire, plus poli ou plus “approprié”—

j’ai choisi d’utiliser ce qui existe déjà.

Tel quel.


« Prends mille photos de toi nu(e) dès maintenant. Peut-être que tu te dis en ce moment : “Ah, je suis trop bizarre.” Ou : “Personne ne veut voir ces petites boules.” Mais crois-moi : un jour, tu regarderas ces photos avec beaucoup plus de douceur et tu diras : “Mon Dieu, j’étais magnifique.” »

— Catherine O’Hara (1954-2026) dans le rôle de Moira Rose, Schitt’s Creek


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Bâtir quelque chose qui peut durer: Une note sur l’incorporation, la protection et pourquoi c’est important